L’Affaire Furtif

D’après le roman de Sylvain Prudhomme
Adaptation Compagnie Ostinato et Sylvain Prudhomme
Mise en scène Olivier Maurin

Création 2023
au Bâteau-Feu de Dukerque

Mise en scène Olivier Maurin
Avec Clémentine Allain, Arthur Vandepoel
et Lucile Courtalin (Avec le soutien du dispositif d’insertion professionnelle de l’ENSATT)
Collaboration artistique et photo Jeanne Garraud

Scénographie Andréa Warzee
Lumières Amandine Robert
Son Thibaut Farineau
Costumes Emily Cauwet-Lafont
Chargée de production Juli Allard-Schaefer

Tournée 2022-2023
les 24 et 25 janvier 2023 au Bateau-Feu, Dunkerque (59)
du 31 janvier au 10 février 2023 au Théâtre de l’Élysée, Lyon (69)
Le Méta – CDN Poitiers Nouvelle-Aquitaine en janvier 2024


Coproduction
Compagnie Ostinato
Théâtre Le Bateau Feu – Scène nationale de Dunkerque,
Le Meta (CDN de Poitiers Nouvelle Aquitaine)

Avec le soutien du théâtre de l’Elysée à Lyon,
du Théâtre de La Mouche à St Genis-Laval
et du Cargo à Segré-en-Anjou Bleu
Avec le soutien du dispositif d’insertion professionnelle de l’ENSATT

L’Affaire Furtif est un roman multiforme, une plongée dans un univers loufoque, troublant et réjouissant. Il fait écho à nombre de nos préoccupations contemporaines, nos fixations, et l’envie qui parfois nous prend de tout quitter, de partir pour un « ailleurs » inconnu, peut-être pour y reconstruire une vie plus simple, et pour traverser le temps d’une façon plus douce.

Ces histoires de « fuites », même si elles restent pour beaucoup d’entre nous à l’étape du fantasme, ont toujours tenu une part importante dans nos imaginaires. Les Robinson, disparus volontaires, explorateurs solitaires et grands voyageurs, sont des sortes de phares pour croire qu’il n’y a pas de fatalité dans nos existences, et que tout peut toujours se réinventer. Si ce n’est une utopie, c’est du moins une manière de continuer à vivre plus paisiblement avec soi-même et donc avec les autres.


« Le monde était sur le qui-vive. Partout on veillait, on anticipait, on prévenait. Il n’était plus un doigt dont le remuement ne fût aussitôt prétexte à alarmes, enquêtes, rapports, expertises, contre-expertises. »


Le Furtif est un bateau qui s’échappe une nuit du port de Lisbonne, tous feux éteints, et refuse de répondre aux injonctions qui lui intiment l’ordre de s’arrêter. Cela affole instantanément ce monde où tout est prétexte à alarme et inquiétude. Et dans le même temps on se prend de passion pour cet évènement : affolement médiatique, interprétations démesurées de chaque geste et rebondissement de l’Affaire, et elle n’en manque pas. Ce navire qui, comme un bateau fantôme, file sans raison apparente vers les mers du Sud sans qu’on sache qui est à son bord ni aucune de ses motivations fascine autant qu’il inquiète.

La première partie du spectacle s’engouffre avec espièglerie dans cette excitation de l’énigme à résoudre, ce gout à scruter chaque événement pour lui donner un sens, cette propension à tout interpréter. C’est notre façon de vivre une vie plus intense à travers les moindres soubresauts d’une aventure vécue par d’autres. Deux comédiennes et un comédien viennent raconter cette histoire, en incarner quelques péripéties, en endossant tous les rôles.

Notre travail est d’être aussi espiègles que l’écriture de Sylvain Prudhomme. La forme de théâtre-récit est au cœur du dispositif. Mais si le récit au théâtre m’intéresse, c’est quand il se mêle avec l’incarnation de personnages, invitant à fabriquer dans la tête de chaque spectateurice les images non montrées sur la scène. C’est un jeu d’évocation, de suggestion et d’incarnation, avec un travail d’une grande précision pour porter les détails d’une langue riche comme celle de Sylvain Prudhomme, où les motifs se croisent, et se reprennent.

Dans un second temps, le spectacle, qui avait débuté comme une histoire d’aventure bascule dans une autre tonalité. Il devient plus contemplatif et relate, toujours avec malice, les expériences des fugitifs partis à bord du Furtif. Ils sont devenus des naufragés volontaires, déposés un à un sur un archipel d’ilots dans les mers du Sud, et livrés à leur solitude.

On partira à leur recherche. On découvre des traces et des fragments d’œuvres d’art, regards de personnes qui ont désiré un autre rapport au temps et à l’espace. Il y a une photographe, une musicienne, un botaniste, un sculpteur et un architecte. On va à la rencontre de chacune et chacun en dépliant la trace déposée dans cette solitude et dans ce nouveau rapport à l’existence. Comment ont-ils et ont-elles écouté le monde ?

De la même manière que le roman bascule, le spectacle prend lui aussi un aspect multiforme, jouant avec différentes propositions de perceptions ; comme si nous inventions en direct, avec les spectateurs, une sorte d’archéologie de ce qui a été rapporté de ces îles.

Il y a une œuvre sonore, comme la bande son d’un film qui aurait été perdu et où il faudra réinventer ensemble les images absentes.

Il y a la traversée du journal d’un naufragé, constatant les limites du monde qui est désormais le siens et découvrant peu à peu à quelle immensité intérieure cela le confronte.

Et il y a une grande part laissée à la photographie, avec des images projetées sur un grand écran sur scène.

En résonance avec ce que raconte ce texte, j’avais le désir que le spectacle, porté par trois actrices et acteurs au plateau, soit aussi peuplée de tout un tas de gens, qui regardent et traversent cette histoire. Des visages et des corps photographiés par Jeanne Garraud, avec qui nous avons déjà fait des formes de roman-photo théâtral : des personnes jouent à l’image des séquences photographiées, et les actrices et acteur au plateau interprètent leurs voix, comme un doublage au cinéma, mais avec des images fixes. A partir de cette « base » cela permet différentes situations de jeu, de narrations, et d’explorer différentes esthétiques d’images.

Il y a quelque chose qui m’intéresse dans le roman-photo invité au théâtre. C’est une forme « pauvre », qui permet néanmoins d’inviter un extérieur sur la scène, et j’aime aussi son histoire et son rapport avec une sorte de sous-culture. Cela m’intéresse de faire dialoguer le texte littéraire et le théâtre avec cette forme, loin des clichés qu’elle porte. Comme dans le roman de Sylvain Prudhomme, faire cela avec sérieux et avec un petit sourire en coin.

Et difficile, quand on pense au roman-photo, de ne pas penser aussi à ses déclinaisons, comme le photo-roman de Chris Marker, « La Jetée » qui est une de nos références pour cette création.

Olivier Maurin