Illusions

de Ivan Viripaev
traduit du russe par Tania Moguilevskaia et Gilles Morel

Création juin 2016
au Théâtre de L’Elysée
Mise en scène Olivier Maurin

Avec Clémentine Allain, Fanny Chiressi, Arthur Fourcade, Mickaël Pinelli Ancelin
Scénographie Guillemine Burin des Roziers
Création lumière Nolwenn Delcamp Risse
Création costumes Emily Cauwet-Lafont

Les Infos à télécharger

En tournée saison 2020-2021

le 22 septembre 2020 au Dôme d’Albertville (74)
le 12 octobre 2020 au Toboggan de Décines (69)
le 16 octobre 2020 à L’Entracte, Sablé sur Sarthe (72)
du 26 au 29 janvier 2021 à Anthéa, Antibes (06)
le 18 mai 2021 au Figuier Blanc, Argenteuil (94)

En tournée saison 2019-2020

le 4 octobre 2019 au Théâtre Jean Marais de Saint Fons
du 11 au 14 décembre en Tournée dans le Calvados
le 12 décembre au Théâtre de Coutances
le 30 janvier avec la ville de St Quentin
le 4 février avec la ville de Gonesse
du 6 au 9 février en tournée décentralisée avec la MC2 de Grenoble
les 13 et 14 février au Théâtre Jean Vilar de Bourgoin Jailleu
le 27 février à L’Astrolabe de Figeac
le 12 mars au Centre Jacque Duhamel de Vitré
le 13 mars  au Cargo de Segré

dates annulée suite au confinement
le 19 mars au Quai des arts de Rumilly
du 24 au 27 mars à la Scène nationale du Mans
le 3 avril à la Scène conventionnée de Briançon

« Illusions » ressemble d’abord à une « belle » histoire, comme on aime s’en faire raconter. Une histoire d’amour ou une histoire de l’amour… Si l’amour peut être une histoire.
L’acte de théâtre semble d’abord se résumer au simple fait de venir raconter. Il a cette humilité. Quatre jeunes gens qui viennent dire l’histoire de deux couples âgés, et rapporter les paroles intimes qu’ils ont prononcés avant de mourir à l’être qui a accompagné leur vie ; des paroles exprimant leur amour à d’autres êtres. Ils ont prononcé ces paroles, et tenté de comprendre ce qu’a été l’amour pour eux, dans un âge très avancé et juste avant la mort ; dans un moment où peut-être on ne joue plus, où les masques sont tombés.
Mais même à cet instant là, peut-on se dévoiler et quitter le jeu des illusions ? Le grand jeu qui crée le monde.

De ces quatre jeunes gens qui viennent raconter, on ne saura rien. Sont-ils simplement narrateurs d’une histoire qu’ils détiennent, l’inventent-ils devant nous, révélant alors leur rapport intime à l’amour ? Mais ils ne diront rien sur eux, on ne saura pas non plus comment ils sont devenus les détenteurs de cette parole. Nous ne saurons que les éclats de la vie de Dennis, Sandra, Margaret et Albert, et les dernières paroles qu’ils ont prononcées avant de s’éteindre, pensant révéler leur vérité.
Mais si notre condition, jusqu’à notre dernier souffle était de toujours avoir à faire à l’illusion ? Il ne s’agirait pas de s’en désespérer mais de la regarder avec la plus grande affection, et si j’ose dire de souffrir avec douceur.

L’écriture de Viripaev prend une histoire apparemment simple, celle d’un homme qui s’éteint et qui sur son lit de mort déclare à sa femme tout l’amour que celle-ci lui a permis d’éprouver. Et en cet instant, il sait que le véritable amour ne peut être que réciproque.
Mais la succession des récits vient voiler peu à peu la clarté de cette évidence. Toutes les évidences, les certitudes vont vaciller, un petit espace vient faire douter de la réalité des sentiments, de la réalité de nos perceptions, de la réalité même du récit. Dans le texte de Viripaev, comme dans le monde peut-être, rien n’est stable, rien n’est constant.
Que verrions-nous si nous étions assez hardis (comme le dit la citation de Corneille en exergue du texte) pour voir notre vie ?
Mais si les êtres sont inconstants dans leurs sentiments, si la vie est perpétuel changement, si l’univers est en expansion, il reste à la fin de l’histoire un vieil homme dans un fauteuil regardant de sa vue tremblante la masse des étoiles, et ayant comme dernière flamme, une phrase laissée des années avant par sa femme avant de mourir : «Il doit pourtant bien y avoir quand même un minimum de constance, dans ce cosmos changeant ? » ; Comme le résumé d’une friction entre les opposés ; ce qui peut être donne la vie.
Et avec quoi comme chemin ? Peut-être simplement « passer d’une incompréhension angoissée à une incompréhension joyeuse ».
Et accepter la vision un peu « hallucinatoire » que nous laisse un texte comme « Illusions ».

Ce texte me fascine, ne me laisse pas en repos, j’en eu envie (besoin) dès la première lecture d’imaginer des corps s’en emparer, de voir des acteurs s’aimer en secret à travers ces mots tendres et cruels.

Cette histoire ici racontée, est dans le passé mais elle semble aussi dans le futur de ceux qui la racontent, qui eux ne sont que de très jeunes gens ; comme une nostalgie de ce qui ne s’est pas encore déroulé.
Cette histoire, (et c’est là que le théâtre se place, que la théâtralité se questionne soudain) m’apparait par instant comme la possible projection de la vie des jeunes gens qui la racontent.
Ces images que le texte crée avec grande précision sont comme les ombres de la caverne de Platon, ou le jeu de la Maya, comme on dirait en Inde.
Mais cela n’est qu’une sensation parmi d’autres, une de celle qu’il faudrait savoir laisser émerger.
Ce texte est pour moi l’occasion de poursuivre une aventure d’équipe et d’interroger ce qui m’anime depuis plusieurs années ; notre capacité à dire le monde avec délicatesse, dans une certaine détente et affection qui permet de regarder de plus près ce qui nous fait être dans le monde. Une certaine détente qui parfois invite nos perceptions à vaciller et à faire des liens que le conscient n’oserait pas, car peut-être ne sommes-nous que les liens que nous vivons.
Mettre en scène « Illusions », c’est aussi pour moi, d’une certaine façon, la poursuite de ce que j’ai questionné précédemment avec le théâtre de Oriza Hirata.

Olivier Maurin

Jean-Pierre Jourdain, directeur artistique du TNP nous parle de Illusions